D’où viennent les plantes « domestiques » ?

Kevin
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Auray

Au cours du néolithique et dans plusieurs régions du monde, l’évolution des relations entre les sociétés humaines et le monde végétal a conduit à l’apparition de plantes dites « domestiques » qui diffèrent de leurs ancêtres sauvages par des caractéristiques génétiques, morphologiques et physiologiques a priori avantageuses dans un contexte alimentaire.

Par exemple, chez les graminées sauvages, les épis se désintègrent spontanément une fois les grains arrivés à maturité afin que ces derniers tombent à terre où ils peuvent germer dès que des conditions favorables (humidité, température, luminosité) sont réunies. Il arrive cependant que certains individus, à la suite d’une mutation, perdent ce caractère : les épis restent alors en connexion. Cette perte des mécanismes naturels de dispersion constitue un désavantage dans la nature et n’est généralement pas transmise d’une génération à l’autre. En revanche, ce comportement « déviant » est un atout dans un contexte de culture puisqu’il rend plus facile la récolte des épis. Il est cependant peu probable que les premiers agriculteurs aient distingué ce caractère rare parmi une large population sauvage et hétérogène et ce n’est que dans les champs cultivés qu’il a pu être amplifié (par la succession de moissons et de semailles) jusqu’à en devenir perceptible, puis dominant. C’est ainsi l’agriculture qui a mené à la domestication des plantes et non le contraire !

La domestication affecte également d’autres aspects de la plante : la dormance des graines est réduite, ce qui permet une germination plus rapide et souvent plus synchrone des semences ; la taille des graines et fruits, et plus généralement le rendement des plantes, augmentent avec la pratique de l’agriculture. Certaines caractéristiques sont favorisées : les individus produisant davantage de poils ou de fibres utiles pour le filage sont privilégiés (coton, lin, chanvre) ; pour les arbres fruitiers, la qualité des fruits (taux de sucre, succulence) est recherchée et améliorée ; certaines variantes domestiques de plantes épineuses finissent par perdre leur armature, etc. Enfin, la domestication des plantes n’est pas limitée à la période néolithique mais constitue un phénomène récurrent jusqu’à la période actuelle avec l’intégration constante de nouvelles espèces végétales dans les économies de production.

 

Auteur :

Margareta Tengberg, archéozoologue et archéobotaniste au Muséum National d’Histoire Naturelle.

Cerises © Photo by Zenad Nabil on Unsplash
Cerises © Photo by Zenad Nabil on Unsplash