En France, boire l'eau du robinet est-il vraiment sans danger pour la santé?

Marie
33
Lille

Près de deux tiers des Français boiraient quotidiennement l’eau du robinet. S’il n’y a pas, a priori, de risque à boire cette eau, il convient de rester vigilant sur de nouvelles formes de contamination qui ne sont pas toujours évaluées.

La provenance de l’eau varie d’un robinet à l’autre. Selon les régions, elle peut provenir d’une source, d’une rivière, d’une nappe phréatique… La qualité de l’eau du robinet n’est donc pas la même partout, elle est par exemple plus riche en nitrates en Bretagne, du fait de fortes concentrations retrouvées dans les nappes phréatiques. Mais les normes de qualité sont les mêmes partout, et les doses maximales sont respectées dans toutes les régions. L’eau est un des aliments les plus contrôlés, avec un suivi sanitaire permanent. Selon la Direction Générale de la Santé, 16 millions de résultats sont expertisés chaque année sur le territoire.
Les traitements les plus courants sont une filtration membranaire, un ajout d’ozone, de chlore, ou un traitement par ultraviolets, qui empêchent le développement des bactéries. Le chlore peut apporter un goût à l’eau du robinet mais il suffit de la laisser décanter pour que le chlore s’échappe.

Reste que plusieurs polluants présents dans l’eau sont peu suivis. On détecte par exemple des molécules chimiques qui ne sont pas toujours dans le cahier des charges des stations d’épuration, comme des résidus de médicaments ou des perturbateurs endocriniens. Ce sont des substances que l’on trouve parmi de nombreux pesticides, plastiques, cosmétiques et conditionnements alimentaires. Persistants dans l’environnement, ils peuvent agir sur le système endocrinien et induire des effets néfastes sur l’organisme d’un être vivant ou de ses descendants. On s’interroge également sur un « effet cocktail », à savoir une exposition sur le long terme à un mélange de molécules en très faible concentration. Pour des raisons avant tout économiques, toutes les stations d’épuration ne sont pas équipées pour détecter et éliminer ces molécules.

Mais ces nouvelles formes de contamination ne se retrouvent pas que sur l’eau du robinet. Les eaux des nappes phréatiques, les eaux de surface, ou les eaux de source embouteillées sont elles aussi concernées. Pour les eaux embouteillées, les interactions chimiques qui peuvent exister entre l’eau, la matière plastique, et les plastifiants utilisés, pourraient même une source de contamination supplémentaire.

Un type d’eau n’est sans doute pas meilleure pour la santé qu’un autre. En revanche il convient de garder à l’esprit que chaque individu contribue au quotidien à polluer l’eau. Les Français restent par exemple parmi les plus gros consommateurs de médicaments au monde qui se retrouvent en partie dans les eaux usées et potentiellement à l’état de traces dans notre eau de boisson. Chacun peut donc contribuer à limiter sa pollution en adoptant des comportements plus vertueux.

 

Auteur :

Jean-Baptiste Fini, chargé de recherches CNRS dans l’UMR 7221 MNHN/CNRS. Au sein du département « Adaptations du Vivant », il étudie l’impact à court et long termes de l’exposition aux perturbateurs de l’axe thyroïdien.

Eau du robinet © Photo by Imani on Unsplash
Eau du robinet © Photo by Imani on Unsplash