Existe-t-il des aliments aphrodisiaques ?

Jeanne
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Montrouge

La sexualité est une préoccupation au centre des sociétés humaines et toutes possèdent une pharmacopée visant à stimuler ou réparer l’activité sexuelle, surtout masculine, le plus souvent réduite à la fonction érectile.

Il s’agit d’un domaine complexe où le vrai (empirique ou scientifique) se mélange aux croyances, toujours fortement ancrées de nos jours. Entre velléités commerciales (y compris des sociétés pharmaceutiques), vente sous le manteau et partage de recettes secrètes entre initiés, les aphrodisiaques, qu’ils soient potions ou nourritures, remplissent toujours un imaginaire puissant et un commerce parallèle qui connait une floraison avec internet. La mise sur le marché du sildénafil (Viagra) est pour beaucoup responsable d’un regain d’intérêt pour les aphrodisiaques qui sont initialement plus des stimulants de la libido que des réparateurs de la fonction érectile.

Il existe une liste de nourritures aphrodisiaques, transmises par l’inconscient collectif : dans nos cultures, les huitres, truffe ou le cacao sont des exemples courants, auxquels on peut ajouter d’autres plus surprenants comme le céleri, l’asperge et de nombreux épices (safran, clou de girofle ou ginseng), sans qu’aucune étude scientifique ne vienne corroborer ces croyances.

La persistance dans notre période moderne de ces pratiques culturelles associées aux aphrodisiaques peut avoir une conséquence sur les ressources associées et sur la biodiversité. La corne de rhinocéros, formée de kératine (comme nos ongles ou cheveux) et dépourvue de toute substance active connue, est en train de causer l’extinction des derniers rhinocéros africains, sans aucun fondement.

 

Auteur :

Romain Garrouste, écologue, chercheur au Muséum national d’Histoire naturelle.

© Photo by Viktoriia Syzova on Unsplash
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