L'homme est-il vraiment devenu de plus en plus intolérant au gluten et au lactose ?

Clara
37
Paris

 

L’intolérance au lactose, c’est-à-dire l’existence de symptômes tels que des crampes abdominales, des gaz ou des diarrhées suite à l’ingestion de lactose (contenu dans le lait et certaines produits laitiers) a une origine génétique.

En effet, une majorité d’êtres humains est incapable de digérer ce sucre à l’âge adulte, et le lactose fermente alors dans le colon (ces individus sont appelés lactase non-persistent). Cette intolérance au lactose trouve une explication dans l’histoire évolutive d’Homo sapiens.

En effet, jusqu’à récemment, les Hommes étaient tous chasseurs cueilleurs et le corps était programmé pour digérer le lactose de la naissance jusqu’au sevrage (autour de 3-5 ans). Ce qui permettait bien sûr de digérer le lait maternel : le lactose est digéré grâce à la lactase, qui transforme le lactose en glucose et galactose. Passé l’âge d’environ 5 ans, l’Homme ne consommant plus de lait, il perd cette capacité à métaboliser le lactose. Le corps ne produit plus de lactase dans l’intestin grêle, c’est d’ailleurs le cas chez tous les mammifères. Lorsque l’Homme a commencé à domestiquer des animaux, lors de la révolution Néolithique il y a environ 10,000 ans, sa consommation de lait a peu à peu augmenté et la situation a quelque peu changé. Des adaptations (mutations) génétiques permettant de continuer à exprimer la lactase sont apparues (individus lactase persistents). Aujourd’hui, selon les pays, la proportion de personnes capables de digérer le lactose varie. En France, cette proportion est d’environ 50%.

Concernant le gluten, l’équivalent génétique de cette intolérance est la maladie cœliaque, qui n’est cependant pas une maladie métabolique mais une activation inappropriée du système immunitaire (donc une allergie). Ces deux intolérances d’origine génétique n’ont pas augmenté dans le temps.

Cependant, à la fois pour les intolérances au lactose et au gluten, nous voyons aussi émerger des formes moins sévères et plus complexes (hypersensibilité sans déterminisme génétique simple). Ces cas sont différents, et des recherches sont en cours pour comprendre les différents mécanismes.

Une chose est cependant certaine, la part de personnes allergiques augmente en milieu urbain industriel. La théorie de l’hygiène est une des thèses qui explique cette augmentation : avec un mode de vie de plus en plus aseptisé, de moins en moins en contact avec les microbes, l’Homme aurait tendance à développer plus de réactions allergiques.

 

Auteur :

Laure Ségurel, chargée de recherche au CNRS en anthropologie génétique. Basée au Musée de l'Homme, elle s'intéresse à la manière dont les populations humaines s'adaptent génétiquement à leur environnement, notamment en réponse à des changements d'alimentation.

 

Pour aller plus loin : 

Certaines personnes digèrent le lait, d’autres non… Pourquoi ?