Pourquoi et comment certaines plantes sont-elles devenues carnivores ?

Agatha
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VAL DE LAMBRONNE

Certaines plantes sont capables de capturer des insectes ou des petits arachnides, comme les Dionées ou les Droseras. Elles émettent des enzymes qui digèrent ces proies et elles absorbent par leurs surfaces les produits de cette digestion.

Cela représente surtout un apport d’acides aminés et de minéraux, comme du phosphate, car la plante est par ailleurs chlorophyllienne et donc photosynthétique. Ces plantes vivent le plus souvent dans des sols pauvres et se retrouvent donc dépourvus d’azote et de phosphate. C’est le cas en particulier dans les tourbières, milieux saturés d’eau dans lesquelles la matière organique se décompose mal et où, en conséquence, les plantes ont peu de ressources dans le sol.

La capture des insectes se fait par des pièges creux, comme des urnes à parois lisses (Népenthès) dont le fond contient un liquide qui digère la proie, par des pièges à mâchoire qui se referment au contact de l’insecte avant de secréter des enzymes (Dionée), et le plus souvent grâce à des poils collants qui produisent également des enzymes digestives (Drosera).

Les plantes carnivores (plus de 600 espèces connues) sont apparues à plusieurs reprises dans l’évolution. Celles qui possèdent des poils digestifs collants semblent dériver de plantes simplement collantes, qui engluaient des insectes ensuite consommés par des microbes : la plante bénéficiait alors de quelques substances sortant du cadavre en décomposition (état de protocarnivorie) et ce n’est qu’ensuite que la production d’enzymes par la plante se serait mis en place, assurant une utilisation plus exclusive des proies.

 

Auteur :

Marc-André Selosse, professeur du Muséum national d’Histoire naturelle.

Dionuea muscipula, Jardin des plantes, Espèces botaniques © MNHN
Dionuea muscipula, Jardin des plantes, Espèces botaniques © MNHN