Quels sont les liens entre la biodiversité et notre alimentation ?

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La production alimentaire a des liens multiples et étroits avec la biodiversité.

Tout d’abord, les aliments eux-mêmes proviennent de plantes et d’animaux diversifiés, issus de domestications anciennes d’organismes sauvages. L’ensemble formant une « agrobiodiversité ». Celle-ci a eu tendance à se réduire avec l’industrialisation et la mondialisation alimentaire du XXe siècle. Seulement, trois espèces (riz, blé, maïs) fournissent 60 % de l’énergie alimentaire de l’humanité et quarante d’entre elles couvre 96 % de la production mondiale alimentaire (en masse). A contrario, on estime que 5 000 à 10 000 espèces comestibles de plantes sont ou ont été consommés par les humains.

Dans les milieux agricoles occidentaux, la biodiversité est trop souvent perçue négativement comme source de bioagression (insectes ravageurs, adventices, maladies, etc.). Pourtant, de nombreuses espèces présentes peuvent rendre des services utiles à l’agriculture : abeilles sauvages (pollinisation), lombrics (fertilité des sols), chauves-souris et oiseaux insectivores (régulation des chenilles), coccinelles, chrysopes et syrphes (régulation des pucerons), reptiles et rapaces nocturnes (régulation des rongeurs), etc. Néanmoins, ces organismes auxiliaires ne peuvent être présents que si le gîte et le couvert leur sont assurés. Or la disparition des environnements semi-naturels (haies, prairies permanentes, marais, bords de chemin), l’utilisation de pesticides (tuant les plantes et insectes qui nourrissent ces auxiliaires) et le travail systématique du sol contribue à réduire drastiquement leurs effectifs (-30 % d’oiseaux agricoles en France depuis 1989).

Plus largement, de nombreux espaces naturels, en particulier en zone tropicale sont détruits pour la production alimentaire. C’est le cas en particulier des forêts tropicales d’Amazonie (pour la culture du soja principalement), d’Indonésie et de Malaisie (pour la culture de palme principalement), ou encore des mangroves (forêts littorales tropicales) pour la production de crevettes, une part importante de ces productions étant destinée au marché européen.

 

Auteur :

Samuel Rebulard, ingénieur agronome, agrégé de sciences de la vie et de la terre, enseignant à l’université Paris-Saclay.

Bangladesh, Mahasthangarh, la préparation de la terre de culture s'effectue le plus souvent à l'araire © MNHN - Annie Montigny
Bangladesh, Mahasthangarh, la préparation de la terre de culture s'effectue le plus souvent à l'araire © MNHN - Annie Montigny