Qu'est-ce qu'une alimentation « vivante » ?

LAYACHI
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Montpellier

L'« alimentation vivante » est une tendance alimentaire récente, apparentée au crudivorisme, qui consiste à se nourrir principalement d'aliments crus sous prétexte qu'ils seraient plus « vivants » et donc meilleurs pour la santé. Mais comme trop souvent en matière de régime alimentaire, les discours sont plus fantaisistes que scientifiques et les fausses bonnes idées sont légion…

Après le végétarisme, le véganisme, le sans gluten, le sans lactose, le sans gras, le sans sucre ou le régime « paléo », arrive depuis quelques temps une nouvelle mode, celle de la « crusine », c’est-à-dire un régime à base d'aliments consommés crus dans l'idée de les consommés « vivants ». Le discours des adeptes de l'alimentation « vivante » repose sur une rhétorique éculée qui entend opposer systématiquement ce qui relève de la « nature » (vue comme un idéal, forcément bon) et ce qui relève de la culture (vue comme la transformation de la nature par l'homme, forcément mauvais). Ainsi, manger vivant consiste à manger des aliments bruts (non transformés et donc généralement non cuit, même si certaines cuissons « douces » sont permises), dans l'idée de se rapprocher de l'alimentation originelle (fantasmée) de nos ancêtres, qui serait source d'énergie et de vitalité.

Les plus férus vont jusqu'à catégoriser les aliments selon leur « capital vital ». Ainsi, on trouve dans l'ordre (du meilleur au pire) les aliments « bioactifs » ou « biogéniques » (censés favoriser la vie : graines germées, légumineuses, algues, fruits et légumes crus, bien sûr issus de l'agriculture biologique), « biostatiques » (notamment les aliments cuits, qui auraient perdu une partie de leur valeur nutritive, mais seraient sans danger pour l'organisme) et enfin « biocidiques » (aliments « morts » qui non seulement n'apporteraient rien à l'organisme mais, pire, viendraient lui « voler » sa vitalité, comme les aliments transformés issus de l'industrie agroalimentaire).

Evidemment, tout ce discours pseudo-scientifique cache une réalité infiniment plus complexe, et le crudivorisme n'est pas sans danger, avec notamment des risques de carences en énergie, protéines et certaines vitamines et minéraux. Car si la cuisson a en effet tendance à détruire certains nutriments, elle améliore aussi leur biodisponibilité en déstructurant les tissus, et facilite globalement la digestion (notamment des protéines et des glucides complexes). En outre, les fibres des aliments crus ne sont pas ramollies ce qui peut être à la longue irritant pour le tube digestif. Si on ajoute à cela un risque accru d'allergies (ces dernières étant souvent dues à des protéines que la cuisson permet de détruire), de déminéralisation due à un régime souvent acidifiant (avec soucis dentaires à la clé notamment), on comprendra que l'alimentation « vivante » est loin d'être la panacée nutritionnelle vantée par quelques gourous médiatiques qui en font fait leur fond de commerce.

Bref, comme toujours en matière de nutrition, les régimes trop restrictifs ne sont jamais bon, et il convient dans tous les cas de manger varié, en combinant des aliments d'origine végétale comme animale, consommés crus comme cuits.

Enfin, d'un point de vue sémantique et biologique, la seule nourriture que l'on peut réellement qualifiée de « vivante » est celle constituée d'animaux consommés entiers crus (comme les huîtres ou autres bivalves encore bel et bien vivants, qui trônent sur les plateaux de fruits de mer) et d'aliments fermentés non cuits (yaourts, fromages, kimchi,…), qui regorgent de levures et bactéries en plein développement !

 

Auteur :

Christophe Lavelle, chercheur au CNRS et au Muséum National d’Histoire Naturelle.

plateau de fromage © jez timms, unsplash
Plateau de fromage © Jez Timms, unsplash