Sommes-nous tous égaux devant les aliments ?

Jeanne
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Paris

Les humains présentent des régimes alimentaires variés, à la fois du fait des milieux écologiques contrastés qu’ils habitent, mais également des choix culturels qu’ils opèrent pour exploiter ces ressources naturelles. Une différence majeure d’alimentation entre populations concerne ainsi leur mode de subsistance, que l’on peut grossièrement classifier en trois groupes : chasseurs-cueilleurs, agriculteurs et éleveurs. Cette diversification est assez récente, puisqu’elle date de la révolution Néolithique, il y a environ 10 000 ans, avant quoi toutes les populations étaient des chasseurs-cueilleurs nomades. Cependant, les populations humaines ont eu le temps de s’adapter génétiquement à ces changements, et il est possible d’identifier les mutations avantageuses propres à chaque groupe.

Le cas le plus emblématique représente l’adaptation à la consommation de lait. En effet, chez les mammifères, et dans la plupart des populations humaines, la lactase, l’enzyme permettant de digérer le lactose cesse d’être exprimée après le sevrage, et les adultes ne peuvent donc pas bénéficier de l’apport énergétique sucré du lait. Cependant, dans les populations pastorales ou agro-pastorales buvant le lait des animaux domestiqués (vache en Afrique et en Europe, chameau en Arabie Saoudite), des mutations permettant de maintenir l’expression de la lactase à l’âge adulte sont apparues et ont augmenté en fréquence du fait de la sélection naturelle.

D’autres exemples d’adaptations locales à l’alimentation existent : meilleure gestion du cholestérol (gènes FADS) chez les Inuits consommant beaucoup de protéines marines, adaptation à une alimentation basée sur les tubercules et donc pauvre en folate (gène MTRR) chez les chasseurs-cueilleurs africains, meilleure digestion des acides gras (gène FABP1) chez les éleveurs Luyha consommant beaucoup de produits laitiers.

 

Auteur :

Laure Ségurel, chargée de recherche au CNRS en anthropologie génétique. Basée au Musée de l'Homme, elle s'intéresse à la manière dont les populations humaines s'adaptent génétiquement à leur environnement, notamment en réponse à des changements d'alimentation.