Y’a-t-il des vraies raisons pour manger moins de viande ?

Marc
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Toulouse

Autrefois marginal, le végétarisme (régime alimentaire excluant la chair animale, mais pas les produits animaux tels que lait et oeufs) rencontre de plus en plus d’adeptes. Quelles peuvent être les motivations pour arrêter ou, moins radicalement, limiter sa consommation de viande ?

La santé, d’abord : une forte consommation de viande augmente en effet les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète, d’obésité et même de cancer d’après l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), d’autant plus quand il s’agit de viande transformée (charcuterie). Or, alors que l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) recommande un apport protéique journalier de 0,8 g/kg/jour, le français moyen en consomme près du double, principalement sous forme animale, ce qui laisse une large marge pour diminuer la consommation de viande sans aucun dommage pour l’équilibre alimentaire, bien au contraire.

L’environnement, ensuite : l’élevage intensif, qui produit en France plus de 90% de la viande vendue, engendre une importante pollution de l’air (gaz à effet de serre) et de l’eau (déjections, résidus d’antibiotiques). L’élevage demeure en outre le principal utilisateur de terres agricoles, pour la production fourragère. Or, même si la transformation de fourrage en viande permet la valorisation de protéines végétales en protéines animales de meilleure qualité (car mieux assimilables et équilibrées en acides aminés), cette conversion réduit globalement le potentiel nutritif des surfaces cultivables puisqu’il faut en moyenne 16 kcal d’origine céréalière pour produire 1 kcal d’origine bovine.

L’éthique, enfin : les animaux sont reconnus comme des « êtres sensibles » par le Code rural, or les conditions d’élevage et d’abattage associées à la production de masse des élevages industriels sont de plus en plus décriées par les associations qui n’ont de cesse d’alerter le grand public sur le mal-être animal dans ces élevages.

En conclusion, diminuer notre consommation de viande permettrait d’aller vers un régime plus vertueux à la fois pour notre santé, notre environnement et le bien-être des animaux élevés. Sans compter le plaisir gustatif, qui ne pourra sortir que vainqueur d’un élevage avant tout centré sur la qualité plutôt que la quantité.

 

Auteur :

Christophe Lavelle, chercheur au CNRS et au Muséum National d'Histoire Naturelle. Spécialiste de l’alimentation (anthropologie, épigénétique, physico-chimie), il est formateur à l'INSPE pour les professeurs de cuisine et donne régulièrement des conférences auprès du grand public et des professionnels.